Deux ans après, la Côte d'Ivoire reste ébranlée par la crise post-électorale, comme le prouve les 24,000 nouvelles personnes contraintes à la fuite

Aujourd’hui, date du second anniversaire de l’élection présidentielle contestée qui a déclenché un conflit violent obligeant 1 million de personnes à fuir à travers le pays, L’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC) publie un nouveau rapport. A ce jour, alors que des milliers de personnes continuent de fuir leur maison, des troubles continuent d’alimenter les tensions faisant vaciller le pays entre crise et stabilité.

En l’absence d’un recensement complet, une estimation prudente porterait à 80,000 le nombre total de personnes déplacées suite aux violences post-électorales, des dizaines de milliers de nouvelles personnes déplacées ayant été comptabilisées en 2012. Comme le rapporte Elizabeth Rushing, analyste pour l’Afrique de l’ouest à l’Observatoire des personnes déplacées: «La peur et les méfiances entre les communautés ont mis le feu aux poudres à des tensions existantes, particulièrement dans l’ouest du pays où 240,000 personnes ont été forcées de fuir pour cette seule année. »

La terre, vecteur de conflits

L’ouest de la Côte d’Ivoire est la région la plus fertile du pays. C’est également une  source d’exportations rentables telles que le cacao, le bois et le café. Au début des années soixante, les autorités nationales ont encouragé les migrations dans cette région avec une volonté d’accroître la production. Des lopins de terre ont été attribués par les autorités locales aux migrants internes et parfois aux  étrangers, souvent au grand dam des agriculteurs ivoiriens qui considèrent ces terres comme un legs ancestral.

Selon Elizabeth Rushing : « Cela a laissé un héritage dévastateur dans une région où us et coutumes et lois en matière  de propriété foncière se contredisent souvent, laissant ainsi la porte ouverte aux abus." Elle ajoute : « les actes répressifs qui ont suivi les élections ont exacerbé les tensions entre les différents groupes. En effet, les terres abandonnées par ceux qui ont fui les émeutes ont été depuis, occupées, louées ou vendues frauduleusement à d’autres leur absence.»

« Pour des dizaines de milliers de personnes déplacées et qui dépendent de leur terre pour survivre. Ces restrictions ont des conséquences déplorables », déclare Elizabeth Rushing. «Pour les personnes déplacées, la nourriture est une priorité absolue et beaucoup n’ont tout simplement pas assez à manger pour nourrir leur famille.»

« La Côte d'Ivoire a traversé deux crises majeures au cours des dix dernières années, chacune entraînant jusqu'à un million de déplacés ; des mesures doivent être prises afin de s'assurer que ses personnes n’en vivent pas une troisième, » dit Rushing. «Réduire les impacts potentiels de nouvelles crises est un élément clé, en particulier, combler l'écart entre les traditions et le droit étatique afin de mettre fin aux litiges de droits fonciers.  Cibler cette cause pourrait briser le cycle d’agitation que connait le pays et prévenir l’apparition de conséquences similaires à celle vécues l’année écoulée : La crise ayant causé le plus de nouveaux déplacements internes dans le monde en 2011. »

Pour plus d'information, visitey http://www.internal-displacement.org/  et télécharger le rapport

Note de l’éditeur :

  • 74 pour cent des personnes demeurant déplacées en Côte d'Ivoire vivaient dans l'ouest du pays (CAP, 17 Juillet 2012). Il subsiste également des centaines de personnes dans les zones urbaines comme Abidjan et  Bouaké qui se déclarent en situation de déplacement. Beaucoup sont arrivées dans ces communautés avant la crise post-électorale. Leur logement est précaire, ce qui les rend vulnérables aux expulsions.
  • En Côte d'Ivoire, les terres rurales demeurent en grande partie gérées selon les principes du droit coutumier, en vertu desquels la propriété est déclarée ancestrale.
  • La Côte d’Ivoire a vécu la crise de nouveaux déplacements internes la plus importante dans le monde en 2011. Chaque épisode de déplacement au cours des dix dernières années - 2002-2007 et la crise post-électorale en 2012 - a entraîné jusqu'à un million de personnes déplacées.
  • Suite aux  violences post-électorales, des groupes armés auraient empêché des personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) d'accéder à leurs terres ou auraient imposé des taxes arbitraires à ceux qui souhaitent rentrer.
  • Entre la fin de la crise post-électorale et Juin de cette année, des milliers de personnes ont été forcées de fuir pendant les attaques transfrontalières par des groupes armés, prétendus partisans de Laurent Gbagbo. Ces derniers ciblaient les groupes ethniques soupçonnés d’être des partisans du Président Ouattara. 

Julia Blocher
Chargée de communication/ Attaché de presse

l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC)
Email: julia.blocher@nrc.ch
Portable: +41 79 175 88 87

L’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC)  (www.internal-displacement.org) a été créé  par le Conseil norvégien pour les  refugies en 1998, à la demande du Comité permanent inter-agences (IASC). L’IDMC surveille l’évolution des déplacements internes provoqués par les conflits, la violence, des violations des droits de l’Homme et des catastrophes naturelles dans plus de 50 pays. Il est largement reconnu comme la principale source d'information et d'analyses sur les déplacements internes dans le monde.

Pour de plus amples informations, veuillez vous adresser à www.internal‐displacement.org (site web en anglais).

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Citations

La peur et les méfiances entre les communautés ont mis le feu aux poudres à des tensions existantes, particulièrement dans l’ouest du pays où 240,000 personnes ont été forcées de fuir pour cette seule année.
Elizabeth Rushing, analyste pour l’Afrique de l’ouest à l’Observatoire des personnes déplacées